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avec Mohamed Lamine KABA, Combattant résolument engagé dans la lutte pour une Afrique libérée des tutelles.

Un regard sur les menaces à la Paix et à la Sécurité en Afrique ?

La problématique de paix et de sécurité se situe tout d’abord au niveau de la politique élaborée et mise en œuvre par un Etat

Mohamed Lamine KABA

COMMENT LES DISPOSITIFS AFRICAINS DE PAIX ET DE SÉCURITÉ PEUVENT PRENDRE EN COMPTE TOUS LES MENACES À LA PAIX ET À LA SÉCURITÉ EN AFRIQUE ?

De la lutte de libération africaine (1960) à nos jours, le continent africain est confronté à une multitude de menaces divers et complexes selon leurs natures et leurs manifestations sapant ainsi la paix et la sécurité des peuples : la multiplication des foyers de tensions. Les conséquences de ces menaces sont d’ordre humain, politique, économique, social, culturel, géopolitique et géostratégique. L’approche holistique de prise en compte de tous les menaces à la paix et à la sécurité en Afrique se présente alors comme une nécessité impérieuse : le positionnement géopolitique et géostratégique de l’Afrique. Pour y parvenir, une réforme structurelle et institutionnelle des dispositifs de paix et de sécurité africains est nécessaire.

Dans le cadre ce travail, nous tenterons dans un premier temps de porter un regard critique sur les acteurs du maintien, de la construction et de la consolidation de la paix et de la sécurité en Afrique (I), dans un second temps, nous établirons une liste (non exhaustive) les dispositifs africains de paix et de sécurité (II) et, dans un troisième temps, nous ferons une recommandation pour le perfectionnement des dispositifs africains de paix et de sécurité en vue d’une prise en compte de tous les menaces à paix et à la sécurité en Afrique (III).

I. Le regard critique sur les acteurs de la paix et de la sécurité en Afrique

Pour mieux comprendre les acteurs (rôles et responsabilités) du maintien, de la construction et de la consolidation de la paix et de la sécurité en Afrique, il conviendrait de s’interroger : la question de la paix et de sécurité en Afrique se pose-t-elle aux Etats ou à d’autres institutions et structures privées ou alors aux initiatives individuelles ?

Poser une telle question, c’est aborder, en toile de fond, la problématique de paix et de sécurité en Afrique. C’est également accorder une extension aux concepts de paix et de sécurité en les élargissant à toute action (bonne ou mauvaise) se rapportant au vivre ensemble (cohésion sociale, quiétude sociale, stabilité, justice sociale, équilibre social, ...), permettant ou pas à un individu ou à un groupe d’individus les possibilités de vivre de façon décente dans une relative autonomie : climat de paix et de sécurité.

Ainsi, selon les régimes, l’Etat est largement garant de la paix et de la sécurité ou alors il joue essentiellement le rôle de régulateur en accentuant ses efforts de gouvernance à la création des conditions de paix et de sécurité : le vivre ensemble malgré tout.

Donc, tout dépend de la nature du régime, de la capacité d’un Etat à mobiliser les ressources (humaines, financières, matérielles, logistiques, militaires, ...) pour créer ce que l’on est convenu d’appeler les facteurs de développement, en d’autres termes, les indicateurs macroéconomiques (PIB, PNB, services de la dette, balance de payement…), grâce à une croissance soutenue : indépendance économique est un pilier fondamental de la paix et de la sécurité.

De même, la mondialisation et le contexte économique international exigent de chaque Etat un partenariat susceptible de mettre en valeur les avantages comparatifs assortis des axes de coopération et d’échange de produits et de services en vue d’assurer la paix et la sécurité au niveau local, national, régional et continental.

De nos jours, il devient de plus en plus évident que l’Etat-providence n’est plus d’actualité parce qu’il ne peut être efficace dans un contexte international qui fait la promotion du secteur privé tout en brisant les frontières entre les Etats et même entre les continents : CER et UA (en Afrique), ONU et à travers le monde : la logique voudrait que la question de paix et de sécurité soit à penser globalement et à agir localement.

Toutefois, l’Etat doit être toujours là. Car, quoiqu’on dise, la constitution des ensembles supranationaux n’a pas fini de supplanter les Etats, pris individuellement, par ce que toujours directement tenus pour responsables du sort de leurs citoyens respectifs. C’est pourquoi, la problématique de paix et de sécurité se situe tout d’abord au niveau de la politique élaborée et mise en œuvre par un Etat.

Bien entendu, à certains niveaux, comme à celui de l’Union Européenne, la problématique de paix et de sécurité est posée à une échelle plus élevée qui relègue l’Etat au second plan et fait de celui-ci l’acteur d’un système. Encore mieux, la question de paix et de sécurité en Afrique, tout comme dans le monde en général, dépend fortement du niveau de développement économique d’un Etat.

En effet, la forte dépendance économique de l’Union Africaine freine l’élan des perspectives économiques qui doivent ouvrir la voie aux opportunités de maintien, de construction et consolation de la paix et de la sécurité notamment au niveau des Etats africains à la recherche de stabilité politique, économique, sociale, culturelle et géostratégique.

En revanche, notons que ceci n’est pas un facteur exclusif qui expliquerait l’incapacité des Etats africains à créer des opportunités de paix et de sécurité. La mauvaise gouvernance, en terme clair, la répartition injuste par le fait de la corruption de la part des gouvernants est plus cruciale pour expliquer la problématique de l’insécurité dans les pays africains. Ces gouvernants sont peu soucieux de l’intérêt général et ne sont pas soumis à de réelles pressions, ni de l’intérieur, ni de l’extérieur de leurs Etats respectifs.

Pour parer à cette situation, la lutte contre la corruption et la promotion de la bonne gouvernance doivent être menées conjointement sous la pression de l’Union Africaine et des organisations de la société civile. D’où s'affirme la pertinence d’une réforme structurelle et institutionnelle des dispositifs de maintien, de construction et de consolidation de la paix et de la sécurité en Afrique : la prise en compte de tous les menaces à la paix et à la sécurité.

Dans cet élan de la recherche de paix et de sécurité pour chacun et pour tous, la dynamique des organisations de la société civile serait plus déterminante et pourrait motiver davantage les pouvoirs publics (Etats, CER et UA) à plus de pression et d’engagement des partenaires au développement, surtout le système des nations unies.

II. La liste (non exhaustive) les dispositifs africains de paix et de sécurité

Parler de dispositifs africains de paix et de sécurité en Afrique revient à présenter l’Architecture Africaine de Paix et de Sécurité (APSA/AAPS) qui nous permet d’établir l’histoire politique de l’Afrique en matière de paix et de sécurité (cf. Prof. Joseph Vincent NTUDA EBODE, cours de Paix et de Sécurité en Afrique, Année académique 2021-2022).

Les piliers de l’Architecture Africaine de Paix et de Sécurité sont :

  1. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine ;
  2. Le Groupe des Sages de l’Union Africaine ;
  3. Le FemWise et le PanWise dans la prévention et la Médiation des conflits ;
  4. Le Système continental d’alerte rapide (SCAR) ;
  5. La Force Africaine en Attente (FAA) ;
  6. Le Fonds pour la paix.

A la lumière du cours, nous comprenons l’existence d’une panoplie de dispositifs africains de paix et de sécurité. Cependant, les foyers de tensions se multiplient sur le continent et de nouvelles formes de menaces se présentent en s’amplifiant de plus en plus : les mouvements du terrorisme, le crime organisé transnational, l’extrémisme violent, les changements climatiques et autres catastrophes d’origine anthropique et naturelle.

Bref, l’Afrique fait face à des menaces du dehors et du dedans (menaces extérieurs et menaces intérieurs) auxquels ses dispositifs ne sont pas conçus à répondre.

III. Les recommandations pour le perfectionnement des dispositifs africains de paix et de sécurité.

Pour mieux assurer le maintien, la construction et la consolidation de la paix et de la sécurité en Afrique, les dispositifs africains doivent être perfectionner en vue d’une prise en compte de tous les menaces à paix et à la sécurité en Afrique. Pour ce faire, nous recommandons entre autres :

  1. La révision du cadre normatif, institutionnel et organique ;
  2. La correction des chevauchements qui caractérisent les dispositifs ;
  3. La meilleure coordination des interventions de façon holistique ;
  4. Adaptation des dispositifs au contexte géopolitique et géostratégique ;
  5. La constitution et la formation des forces armées continentales (terrestres, maritimes, aériennes et cybernétiques) ;
  6. L’accélération de la mise place d’une zone géographique unique et d’une zone économique unique ;
  7. La construction et promotion des écoles de guerre à dimension continentale ;
  8. La construction et promotion des écoles de hautes études en diplomatie, médiation et négociation ;
  9. Le développement des industries d’armement en Afrique ;
  10. Le développement des technologies de pointe en Afrique ;
  11. L’élaboration et la mise en œuvre des politiques communes de lutte contre les migrations irrégulières ;
  12. Investir davantage dans la jeunesse pour un avenir durable en Afrique en vue de tirer profit du dividende démographique ;
  13. L’organisation et la facilitation du retour et de l’intégration de la diaspora africaine ;
  14. L’élaboration et l’adoption d’une politique commune de fixation du prix des matières premières du continent ;
  15. La conjugaison des efforts pour que l’Afrique soit représentée au Conseil de Sécurité de l’ONU.

Conclusion

Pour clore, nous retenons à la suite de notre démonstration, que l’Afrique a une panoplie de dispositifs qui devraient permettre de maintenir, de construire et de consolider la paix et la sécurité dans les Etats. Cependant, le continent reste soumis à de fortes pressions exercées à partir de l’intérieur et de l’extérieur de ses frontières (terrestre, maritimes et aériennes) et face auxquelles, les dispositifs tels qu’ils sont, s’avèrent inefficaces. Il ressort également de notre analyse, des insuffisances notoires des mesures, des dispositifs et des mécanismes d’intervention auxquelles s’ajoute l’influence des puissances étrangères sur les décisions, projets, programmes et politiques visant à maintenir, à construire et à consolider la paix et la sécurité en Afrique.

Bref, notre regard critique sur les acteurs de la paix et de la sécurité en Afrique additionnée à l’analyse holistique des dispositifs africains de paix et de sécurité nous permet de déduire qu’une réforme structurelle et institutionnelle serait nécessaire en vue d’une meilleure prise en compte de tous les menaces à paix et à la sécurité en Afrique.

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